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Triste cire

Zurich
Opernhaus
06/18/2023 -  et 21, 24, 27, 30* juin, 4, 8 juillet 2023
Giacomo Puccini : Turandot
Sondra Radvanovsky (Turandot), Rosa Feola (Liù), Piotr Beczala/Martin Muehle*/Teodor Adrian Ilincai (Calaf), Nicola Ulivieri (Timur), Martin Zysset (Altoum), Xiaomeng Zhang (Ping), Iain Milne (Pang), Nathan Haller (Pong), Jungrae Noah Kim (Le Mandarin), Alison Adnet (Le Prince de Perse), Benjamin Mathis (Pu-Tin-Pao)
Chor der Oper Zürich, Chorzuzüger, Zusatzchor des Opernhauses Zürich, Janko Kastelic (preparation), Philharmonia Zürich, Marc Albrecht (direction musicale)
Sebastian Baumgarten (mise en scène), Thilo Reuther (décors), Christina Schmitt (costumes), Elfried Roller (lumières), Philipp Haupt (vidéo), Claus Spahn (dramaturgie)


(© Monika Rittershaus)


La nouvelle production de Turandot à l’Opernhaus de Zurich vient nous rappeler que le Regietheater et ses pires excès ont encore de beaux jours devant eux sur les scènes lyriques, malheureusement. Le spectacle restera très certainement comme l’un des plus ridicules et des plus affligeants de ces dernières années. Le provocateur metteur en scène allemand Sebastian Baumgarten n’a rien trouvé de mieux que de faire de la princesse de glace imaginée par Puccini une Maya l’abeille reine de la ruche, surveillant et brimant constamment son peuple, ou plutôt son essaim, afin de l’inciter à travailler davantage pour accroître la production de miel. Un peuple de Pékin qui devient ici une bande de jeunes scouts bien dociles, sommés d’imiter les mouvements que leur inculquent des figurants chargés de leur éducation. Les premiers doutes sur la production affleurent, mais au fond on se dit pourquoi pas : la ruche n’est‑elle pas une société hautement hiérarchisée, dans laquelle chaque élément est prêt à mourir pour la reine ? Las, les choses se gâtent sérieusement par la suite, avec d’abord l’arrivée de Calaf, Liù et Timur dans des costumes bleus à carreaux genre comic strip du plus mauvais effet  – qui contrastent avec le jaune de la ruche –, puis de Ping, Pang et Pong portant chacun un énorme masque d’apiculteur et enfumant à qui mieux mieux les pauvres abeilles à grands coups de spray. Pu‑Tin‑Pao est, lui, un bourdon, favori de la souveraine. On voit aussi des mains géantes sautiller sur scène ou des soldats, qui pourraient appartenir à la célèbre Armée de terre cuite, faire du ski. Il est vrai que Pékin a organisé les jeux Olympiques d’hiver... Puis arrive le comble du ridicule lorsque surviennent Altoum et Turandot à bord de ce qui s’apparente à un sous‑marin. Et sur le désormais incontournable écran vidéo du fond du plateau sont projetées des images de guerres, de champignons nucléaires et d’autres catastrophes. On peine à faire le lien entre tous ces éléments disparates et grotesques. Comment le metteur en scène a‑t‑il pu arriver à un résultat aussi consternant ? La responsabilité de ce ratage incombe aussi à Andreas Homoki, directeur de l’Opernhaus, qui a validé le projet puis n’a pas pu ou voulu le stopper ou le recadrer. Il faut dire qu’il était occupé à Paris à régler sa mise en scène de Carmen à l’Opéra Comique. Ceci explique peut‑être cela. A noter que comme à Munich, le spectacle se termine à la mort de Liù, sur les dernières notes composées par Puccini.


La partie musicale de la production est loin, elle aussi, de faire la joie, signe que cette Turandot est décidément placée sous une bien mauvaise étoile. Dans la fosse, Marc Albrecht, baguette peu inspirée ne s’embarrassant guère de nuances, fait constamment jouer les musiciens trop fort, couvrant les chanteurs, lesquels doivent se lancer dans un concours de décibels pour se faire entendre. A ce jeu‑là, le subtil trio entre Ping, Pang et Pong (« Ho una casa nell’Honan ») perd une bonne partie de son charme. Si l’Altoum de Martin Zysset n’a pratiquement plus de voix, le Timur de Nicola Ulivieri se révèle, lui, bien chantant et empreint de beaucoup d’humanité. Malgré des problèmes dans les aigus, Rosa Feola campe une Liù émouvante, avec de splendides pianissimi. Ce spectacle devait permettre à Piotr Beczala de faire ses débuts en Calaf. Le ténor polonais a chanté les quatre premières représentations avant de déclarer forfait, officiellement pour cause de maladie, mais peut‑être s’est‑il rendu compte que le rôle n’était pas fait pour lui. Quoi qu’il en soit, il a été remplacé par Martin Muehle, qui vient d’interpréter le personnage à Amsterdam. Le chanteur dessine un Calaf tout d’une pièce, aux aigus sonores et flamboyants. Heureusement, il y a la Turandot de Sondra Radvanovsky. Si l’émission n’est pas exempte de stridences, on admire son identification totale au personnage, sa façon d’être constamment en mouvement sur scène, tantôt féline et agressive, tantôt apeurée et embarrassée, avec une projection insolente et une attention portée à chaque mot et à chaque nuance. Bien maigre consolation dans cette soirée ratée.



Claudio Poloni

 

 

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