About us / Contact

The Classical Music Network

Avignon

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

Donizetti ou la victoire du chant

Avignon
Opéra
01/24/2016 -  et 27 janvier 2016
Gaetano Donizetti : Maria Stuarda
Patrizia Ciofi (Maria Stuarda), Karine Deshayes (Elisabetta), Ludivine Gombert (Anna Kennedy), Ismaël Jordi (Leicester), Michele Pertusi (Talbot), Yann Toussaint (Cecil)
Choeur de l’Opéra Grand Avignon, Aurore Marchand (chef de chœur), Orchestre régional Avignon-Provence, Luciano Acocella (direction musicale)


K. Deshayes


Si d’aucuns pourraient voir dans les opéras belcantistes moins connus des victimes idéales pour le sacrifice économique d’une mise en scène, les versions de concert offrent cependant l’avantage pour le spectateur de se concenter sur la performance musicale, a fortiori quand elle atteint l’excellence, à l’image de la Maria Stuarda de Donizetti programmée par l’Opéra d’Avignon en cette fin janvier. Précédant, dans sa version originale qui ne sera créée que l’année suivante, Lucia di Lamermoor, l’ouvrage fait d’ailleurs entendre des motifs qui seront repris dans le célèbre mélodrame inspiré par Scott. Il offre surtout l’opportunité d’entendre une impitoyable rivalité entre deux sopranos, cousines et prétendantes au trône d’Angleterre.


Et à cette aune, la distribution réunie par la maison avignonnaise va même au-delà des espérances. Dans le rôle-titre, Patrizia Ciofi soumet la technique à l’expressivité et distille une intensité psychologique qui se dévoile à mesure que Maria Stuarda prend l’ascendant sur l’intrigue – à défaut de pouvoir tromper son destin fatal. Douée d’un évident instinct tragique, la soprano italienne fait valoir une musicalité subtile qui s’épanouit dans des modulations audacieuses, étranges presque, à l’instar de la saisissante scène finale où le bouleversement émotionnel de l’héroïne devient palpable: la vérité des notes rejoint celle des sentiments.


Sa rivale, Elisabetta, écrite également pour soprano, revient souvent à une mezzo, et l’on n’y déroge point ici. On a longtemps applaudi Karine Deshayes dans les Rossini «légers», les Mozart et le répertoire français, mais c’est littéralement une révélation que la Française nous réserve dans ce Donizetti. Dès son entrée, la vigueur, aussi implacable que l’éclat de la voix et des aigus, irradie le plateau d’une virtuosité qui n’a d’égale qu’une intelligence admirable du personnage. Dans la plénitude de ses moyens, son autorité souveraine ne cède jamais à l’artifice, et participe d’une incarnation absolument mémorable, dont on espère le retour sur les planches. Indéniablement, un nouveau pan de son répertoire vient de se découvrir – et on le croirait taillé sur mesure.


Le reste du plateau se montre à la hauteur. Souffrant les jours précédents, Ismaël Jordi recouvre une santé dominicale qui ne ménage pas la vaillance de Leicester, et préserve l’essentiel de l’épanouissement récent du ténor espagnol. En Talbot, Michele Pertusi affirme, avec sobriété et naturel, une sensibilité stylistique éprouvée qui résonne dans un métier solide. Il n’y a pas jusqu’aux interventions de Ludivine Gombert en Anna Kennedy, et celles du non moins appréciable Yann Toussaint en Cecil, qui ne valent de justes éloges.


Préparé par Aurore Marchand, le chœur respire le sens du drame et de la vocalité insufflé par Luciano Acocella. Le chef italien connaît son idiome sur le bout de la baguette, et pousse l’Orchestre régional Avignon-Provence à donner le meilleur de lui-même. En somme, l’une des plus belles productions belcantistes de la saison.



Gilles Charlassier

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com