Une Chauve-Souris réjouissante à l'Opéra de Marseille

Xl_fleder1 © Christian Dresse

Après avoir pérégriné de Liège à Montpellier, et de Toulouse à Monte-Carlo, c’est à l’Opéra de Marseille que la production de La Chauve-Souris de Johann Strauss imaginée par Jean-Louis Grinda posait ses valises, à l’occasion de la période des fêtes. L’ouvrage fut composé, on le sait, pour faire pièce aux opérettes d'Offenbach dont le succès allait croissant à Vienne. C'est – ironiquement – en s'inspirant d'une pièce de Meilhac et Halévy, Le Réveillon, que cette opérette vit le jour. Transposée dans les années 1900, la mise en scène de l’homme de théâtre monégasque ne cherche pas à soumettre l'ouvrage de Strauss à la question, sous prétexte de relecture, de critique sociale forcenée ou autres balivernes. Son travail s'avère entraînant, drôle, soigné dans le détail, bénéficiant de l’impressionnant décor tripartite de Rudy Sabounghi et des superbes costumes conçus par Danièle Barraud, mais surtout du concours d'une distribution entièrement francophone... et entièrement convaincante.

Commençons avec une mention pour le jeune ténor bordelais Julien Dran qui chante un Alfred élégant de ligne – physique autant que vocale –, avec un timbre solaire. La soprano wallone Anne-Catherine Gillet campe une Caroline au timbre fruité, qui brille grâce à des aigus d’une grande légèreté, et à une belle intelligence scénique. Si Marie Gautrot offre une composition un peu appuyée du Prince Orlofsky, Jennifer Michel possède en revanche l'éclat vocal et la présence scénique exigés par son personnage, notamment dans la scène « du rire ». En Gaillardin, Olivier Grand se montre aussi bon comédien que grand diseur et survole une tessiture – généralement confiée à un ténor (comme ce fut le cas, l’an passé, à l’Opéra Grand Avignon) – avec beaucoup d’élégance. Face à lui, le Duparquet d’Alexandre Duhamel tient son rang, toujours digne vocalement, ainsi que le Tourillon, certes plus acteur que chanteur, de Jean-François Vinciguerra. Enfin, Carl Gazharossian campe un Bidart haut en couleur et Jean-Philippe Corre un hilarant Leopold.

Confiée au québécois Jacques Lacombe – actuel chef d’orchestre principal de l’Opéra de Bonn et directeur musical de l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières – la direction d’orchestre s’avère pétillante comme un grand cru de champagne et l’Orchestre de l’Opéra de Marseille brille ici de tous ses feux.

Bref, un spectacle réjouissant qui vous met des étoiles dans les yeux !

Emmanuel Andrieu

La Chauve-Souris de Johann Strauss à l’Opéra de Marseille (décembre 2016 / Janvier 2017)

Crédit photographique © Christian Dresse

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